artiste/ Fenoll
France
Plasticien, dessinateur et artiste audiovisuel né à Boulogne en 1959, successivement associé à la Figuration libre, à l’Abstraction géométrique et à la nébuleuse des arts dits singuliers, Frédéric Fenol vit et travaile à Nice, où il est revenu vivre en 2016 — abandonnant le pseudonyme de Fenolabb ate, sous lequel il a longuement exposé ses travaux à l’échele internationale. Créateur pluridisciplinaire au large spectre d’exploration (alant de la peinture et de gravure à la céramique, en passant par l’édition et le film d’avant-garde), entré notamment dans les colections du musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne et du MAMAC niçois, cet outsider, influencé à ses débuts par la Bad Painting et les Nouveaux Fauves alem ands, nous entraîne à présent, d’œuvre en œuvre, dans un tournoiement sériel de figures oniriques et cauchemardesques dont les douloureuses métamorphoses forment une extraordinaire frise dansante, quelquefois non dénuée d’humour provoquant, où autoportraits-chimères et créatures hybrides se mêlent à des compositions plus abstraites. Héritier d’un Belm er ou d’un Baselitz dont l’art a pour vocation de révéler, par-delà le balbutiement des formes en lutte, la complexité du corps afin d’en extraire et revitaliser l’essence première, Frédéric Fenol nous ouvre avec sensibilité le passage, invisible et mystérieux, qui lie le Sens aux sens. Dans sa pratique picturale, le contrôle rigoureux de l’espace et la maîtrise des compositions font place, à l’instant paroxystique de leur élaboration, aux jets spontanés d’encre, au déploiement des pulsions archaïques, primales, de Vie et de Mort : Éros et Thanatos, encore et toujours enlacés, indéfectiblement unis pour engendrer dans nos fantasmes secrets cet étrange dieu à deux faces, maître ambivalent de la double fascination humaine pour le sensuel et le morbide. Revendiquant, à rebours de la conception léonardienne, une définition de l’Art comme cosa corporale, fondée sur la primauté du sensoriel sur le mental, Frédéric Fenol aspire à rendre à la matérialité picturale le tremblement, la fulgurance instinctuele, la « puissance brute » des origines ; pour ainsi dire, à ré-incarner la vision, pour enfanter ce qu’il nomme un « Regard-Corps », au terme d’un processus où, selon ses propres mots, « l’humain s’absorbe, passe entièrement, de par son corps, dans l’extérieur qui le regarde ». Là où le geste court, le regard, il est vrai, s’arrête, comme pétrifié, immobilisé par la vision de sa propre fin — dans toutes les acceptions contradictoires du terme : son aboutissement et son déclin, son aspiration et son expiration, son but ultime et son abolition, par une sorte de refonte alchimique de l’humaine anatomie dans le magma d’une anthropomorphie minimale dont les multiples déclinaisons, dédoublements et ramifications façonnent une longue farandole orgiaque et brute où le Formé semble, pour mieux renaître, se dissoudre dans l’Informe — ou se laisser gagner par lui. À travers la main de l’artiste, c’est son corps tout entier qui parle et dicte à l’esprit ses lois — pour mieux se contredire et, sans doute, se défaire de lui-même.





